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Une Fin de semaine pas comme les autres.

- Ca marche. Youpiiiii. On a réussi.

C’était Jean CRAY qui criait comme ça. Il était dans son bureau, ou plutôt laboratoire eu égard au nombre impressionnant d’écrans, de claviers, de PC, de fils, d’imprimantes, de scanners et autres accessoires informatiques posés au gré des nouveautés et de la place libre. Nous ne parlerons pas des papiers divers et variés, couverts de hiéroglyphes qui se veulent du français. Comme vous l’avez deviné, Jean travaille dans l’informatique. Et plus particulièrement dans la mise au point de jeux. De jeux de rôle plus exactement. Attention, pas n’importe quels jeux de rôle, ceux qui demandent de la réflexion, sans avoir besoin de tirer sur tout ce qui bouge, bien au contraire.

Sa joie faisait plaisir à voir.

Du bureau d’à coté, à travers les baies vitrées, Roger, entendit les cris de joie et vit la mimique de victoire. Il arriva en courant dans le bureau de Jean

- Alors, tu as enfin réussi ? Ça va fonctionner ?

- Oui, répondit Jean, le sourire de la victoire sur les lèvres.

- Raconte, explique, ne me laisse pas dans cet état, implora Roger. Jamais je ne tiendrai jusqu’à lundi.

- Viens au tableau, je vais t’expliquer.



Et ils partirent dans des discussions à faire fuir un polytechnicien. Le tableau se remplit rapidement de graphiques, d’équations, d’organigrammes, tout ceci pour expliquer que l’origine du problème était une valeur parmi les quelques milliers utilisées par le programme, remise à zéro à un moment totalement inopportun. Il a fallu trouver où, et surtout, comment éviter que cela se reproduise ultérieurement.

Pris par leur discussion, ils ne virent pas l’heure défiler, ni les autres collègues de travail les saluer en partant, ni Martine, informaticienne elle aussi, se glisser dans la pièce.

Au bout d’un moment, se sentant observé, Jean se retourna et la vit.

- Comment tu es venue, je ne t’ai pas entendu ?

- Comment veux-tu que je vienne ? A cheval ? Non, je suis passée par la porte. C’est simple mais efficace. Trêve de plaisanterie. Je suis venue chercher mon chauffeur. N’est-ce pas Roger ? Tu m’as bien dit que ce soir tu partirais tôt ?

- Oh ! ! ! ! Je te prie de m’excuser, Martine. J’ai totalement oublié l’heure. Mais avec Jean, nous avons bientôt fini.

- Non, on a fini. Il est déjà huit heures et Patricia doit être en train de m’attendre. De plus ce week-end, nous nous le sommes réservé. Au programme : Deux jours de dilettante intégrale. Et pour être sûr d’y arriver, on part en bateau, sur l’océan, hors d’atteinte du téléphone et des autres moyens de communication. Alors à lundi. Bon week-end à vous deux.

- A toi aussi Jean.

- Amuse-toi bien. Et évite de pêcher des amphores, ca ne se grille pas bien dit Roger, le grand spécialiste de l’humour à froid.

- Tu as déjà essayé ? répondit Jean en sortant du bureau, essayant à chaque fois de renvoyer la balle.



Il se dirigea sur le parking ombragé de la société et monta dans sa voiture, pas le dernier modèle de la gamme, mais avec tous les équipements possibles. Jean adore tous les gadgets. Son excuse est de n’avoir que des gadgets utiles. Donc sa voiture possédait toutes les options au catalogue au moment de son achat. Malheureusement, d’autres arrivaient, et il lui tardait de la changer. Et pour excuse, il mettait les kilomètres en avant, même si sa voiture pouvait encore en faire au moins le double.

Sur la route vers sa résidence, il pensait déjà à l’accueil que lui réserverait Patricia, sa compagne depuis une quinzaine d’année. Entre eux, ce n’était pas la folle passion, mais l’entente totale. Jamais de heurt, toujours en train de penser la même chose au même moment, même dans les disputes, ou plutôt, les désaccords, il n’y a pas un mot plus haut que l’autre. C’est l’acceptation de l’autre, sans contre partie. Pour rien au monde il ne changerait de partenaire, et réciproquement.



A son dernier retard, cela n’a pas empêché Patricia de lui passer un savon, comme il les aime. Il faut dire que ce « savon » s’est terminé en un tête à tête intime, pas désagréable du tout…..





Pendant que Jean était en grande discussion avec Roger, Patricia finissait tranquillement sa journée. Elle est architecte d’intérieur, ou comme elle préfère, artisan des harmonies. Pour elle, ce métier est avant tout, de fournir aux gens un intérieur qui leur permet de vivre harmonieusement avec eux-mêmes. Un intérieur qui permet à leur « moi » de se revitaliser pour mieux s’épanouir à l’extérieur. Ce n’était pas évident, sa démarche est loin d’être entièrement comprise. Cela l’oblige d’une part à faire, ce qu’elle appelle de l’alimentaire, donc des travaux beaucoup plus traditionnels, et d’autre part, à apprendre à connaître l’histoire des différentes civilisations ou mœurs ayant été, ou étant encore en vigueur actuellement de part le monde. Et cela occasionne quantité de voyages à leur couple, pour leur grand plaisir.



Elle préparait son départ du bureau en réglant les affaires courantes. Autant le bureau de Jean était bordélique et fonctionnel, autant le sien est sobre, jouant sur les couleurs, les ombres, les lumières et les formes. Le résultat étonnait plus d’un visiteur. Dans sa préparation, elle prit néanmoins le temps de ranger les dessins et autres esquisses épars sur son bureau. Comme personne ne vint la déranger ce vendredi, elle put mener à bien son travail et partir à l’heure voulue, en souhaitant ardemment que Jean puisse en faire autant. Ou, tout du moins, qu’il n’oublie pas d’en faire autant.

Elle pensa à l’appeler, mais le combiné en mains, elle se ravisa, et sortit de son bureau pour rejoindre leur résidence, pas très loin de la mer, sur l’océan Atlantique. Sur le chemin du retour, elle vérifia de mémoire sa « check liste ». Avait-elle bien tout acheté ? N’avait-elle rien oublié ? Il faut que ce week-end soit une réussite. Cela faisait longtemps qu’ils le souhaitaient, qu’ils le préparaient. Ils en avaient besoin et ne voulaient pas être embêtés par des tracas matériels.

En traversant le village voisin, elle en profita pour faire les dernières courses, les vivres. Normalement, le poisson, c’était l’affaire de Jean. Mais elle prit du riz et divers légumes. En l’absence de poisson, il faudra quand même se nourrir.





Non pas comme convenu, mais comme prévu, Jean arriva bien après Patricia, qui avait de ce fait tout préparé. Kway, cannes à pêche, appâts, vivres, boissons, livres, vêtements, crème solaire, etc. Ils s’étreignirent rapidement, et firent le tour des préparatifs ensemble avant le départ. Jean se changea rapidement en enfilant un jean et une chemise en toile. Patricia, elle, était déjà prête.

II

Bref, à peine une heure après son arrivée, ils étaient au port. L’odeur de mer alliée au bruit du vent dans les matures des voiliers, les mirent en condition. Du quai, ils virent leur bateau. Un voilier tout en bois, avec un seul mat, mais tout le confort pour une croisière à deux. Pour la marée, c’était foutu. Il leur faudrait attendre le lendemain, début de matinée. Le poste de radio de la voiture en marche, annonçait une soirée et un lendemain paradisiaque. Temps magnifique pour une fin du mois de mai. Le 29 pour être précis. Juste une petite brise, suffisante pour une ballade en voilier et du soleil. Pas de pluie ni de tempête à l’horizon.

Jean pris donc le temps de se garer en effectuant un créneau au millimètre près le long des quais. Ils descendirent de la voiture, sortirent leurs bagage et se dirigèrent vers l’appontement.

Un homme, habillé en marin, style vieux loup de mer, les vit et se dirigea vers eux.



- Ah M. TECH, cria Patricia, nous voici avec un peu de retard

- Bonjour Madame, Bonjour Monsieur, bienvenu à bord de « L’ESPERANCE ».

- Merci capitaine, répondit Jean, nous sommes fin prêt pour prendre le quart.

- Oui. Et vous avez de la chance, votre quart sera très calme, peu de vent, pratiquement pas de nuage, bref une mer d’huile.

- Oui, dommage pour les sensations.

- Oui, mais nous recherchons, du moins pour ce week-end, du calme et du repos, dit Patricia.

- Alors, je ne vais pas m’attarder. Permettez que je vous aide à porter vos bagages au bateau.

- Bien volontiers. Vous croyez que votre bateau pourra contenir tout ca, et avec nous en plus ? dit Jean

- Rassure toi, répondit Patricia, j’ai un duvet au cas où il n’y ait plus de place dans la cabine.

Avec le ton employé, M. TECH ne savait plus si c’était sérieux, ou une simple plaisanterie.

- Ne vous inquiétez pas Monsieur, la cabine est grande et « L’ESPERANCE » en a vu d’autres.

- On va le voir tout de suite dit Jean, nous voici arrivés.



M. TECH monta à bord et Jean lui passa les différents bagages, pendant que Patricia était partie inspecter la cabine. Jean monta à son tour et transportèrent tous leurs effets dans la cabine.



M. TECH pris la parole.

- Monsieur, suivez moi que je vous montre les divers équipements de sécurité.

- Je vous suis. Mon oreille est prête à boire vos paroles et ma bouche à faire entendre les miennes.

- Et c’est de qui ?

- De personne, ca vient de sortir.



Jean CRAY et Pierre TECH firent une revue brève mais complète de la cabine et vérifièrent les différents équipements qui composaient le bateau. Patricia, pendant ce temps, prit contact avec la cambuse. Le tour fini, Pierre TECH leur fit ses adieux avec ses dernières recommandations et leur souhaita un bon voyage. Eux, ils le saluèrent du pont, comme de vieux marins, fiers de leur bateau. Ils ont passé leur soirée à visiter le bateau de fond en comble. Prendre en main les différents équipements techniques et vérifier que rien ne manquait.



C’était un superbe bateau, tout en bois dont l’intérieur sentait la cire d’abeille, fraîchement passée. L’intérieur était un mélange de bois verni, de cuir et de cuivre. Seule la partie cuisine et le coin bureau du ‘capitaine’ dépareillaient. Chacun avaient des équipements modernes, les uns pour le confort des passagers, les autres pour leur sécurité. Heureusement, il existait des caches, pour que le bois redevienne maître des lieux.

Le pont aussi, était tout de bois verni. Les rambardes étaient en cuivre, d’autres en laiton et les banquettes arrières tout cuir dit de pleine peau. Et le gouvernail, une belle roue en bois alliée à son compas cerclé de laiton. Seule une cache, correctement aménagée cachait et mettait à l’abri des intempéries, les outils modernes de pilotage.



Ils ont mangé leur premier repas du week-end sur le pont, à profiter du cri des mouettes et des passants sur les quais, des terrasses de cafés et restaurants avoisinants. Bruits mélangés à cette odeur caractéristique de la mer salée qui, pour Jean, est synonyme de vacances. Cette odeur le replongeait dans ses jeunes années, où avec ses parents, il partait sur la côte méditerranéenne. Il se revoyait sur la plage ou pataugeant dans l’eau. Seule, pour rendre le tableau complet, manquait l’odeur de la crème solaire.



Patricia étant bonne cuisinière, et Jean un sacré gourmand, le repas, et le dessert furent à la hauteur, comme leur première nuit à deux sur le bateau : « L’ESPERANCE ».



Le réveil sonna à six heures. Jean eu du mal à se retrouver. Pendant quelques secondes il ne savait plus où il était. Surtout il ne comprenait pas pourquoi le réveil sonnait aussi tôt un samedi. Mais l’odeur caractéristique de la mer, l’aida. Le temps d’ouvrir les yeux, il se rappela tout, et se leva rapidement. En effet, la marée était prévue pour huit heures. Et deux heures, c’était juste pour préparer le bateau et être parmi les premiers à franchir l’écluse de sortie.



Il secoua Patricia qui se leva tout aussi prestement. En montant sur le pont, ils goûtèrent à la fraîcheur matinale du port. Celui ci était encore tout endormi. Il commençait tout juste à prendre son éveil. Instant magique que le réveil d’une ville. D’abord, rien, très peu de bruit. Puis, au fur et à mesure que l’heure avance, on peut voir les différents métiers s’activer, on peut entendre les bruits se modifier, jusqu’à arriver au milieu de matinée, où là, les personnes étant au travail, le calme revient. Mais ils ne pouvaient ce matin goûter à ce réveil. Ils devaient préparer le bateau. Ils avaient à peine deux heures pour se présenter devant l’écluse du port. Mais cela ne les empêcha pas, pendant leur manœuvre, d’entendre les livreurs s’interpeller, voir les autres plaisanciers rejoindre leur bateau ou sortir de leur cabine pour eux aussi, profiter de la marée. Ensemble, ils firent les opérations nécessaires pour sortir le bateau de son emplacement et l’amener vers les écluses. En effet, dans cette partie du port, pour éviter que les bateaux soient à cale sèche à marée basse, un jeu d’écluses retenait l’eau. Le plus long a été de mettre le moteur en marche, puisqu’il est interdit de manœuvrer à la voile dans un port. Avec l’odeur de gas-oil dégagée par la motorisation, ce moment ne fut pas des plus agréables, surtout à jeun. A huit heures et quart, les écluses s’ouvrirent lentement, et ils purent franchir cette porte vers leur liberté, accompagnés du cri strident des mouettes. Au bout de quelques miles, ils arrêtèrent le moteur et sortirent la grande voile. Enfin, le silence, rien que le bruit de la brise dans la voile. La barre coincée sur l’aventure, le bateau filait vers le large.

Maintenant, ils purent prendre tranquillement leur petit déjeuner. Ils le préparèrent ensemble, et le prirent sur le pont, profitant de cet instant de liberté.

Par acquis de conscience, Jean écouta de nouveau les prévisions météo, qui n’avaient en rien changé depuis la veille. C’était aussi une excuse pour ne pas faire la plonge. Le bateau quant à lui, filait ses quelques nœuds à l’heure. Et ils profitèrent de ces instants où il n’y avait rien à faire, en dehors de surveiller le cap et le gonflement des voiles, pour passer un moment de farniente impressionnant, l’un à coté de l’autre, sur le pont, avec pour seul voisin la mer d’un calme olympien, le ciel sans nuage, le bruit de la voile dans le vent, l’horizon et quelques points noirs au loin qui devaient être d’autres bateaux. Sans oublier les quelques mouettes qui avaient choisi de les accompagner un bout de chemin.



Depuis quelques temps, ils hésitaient à acquérir un bateau. Jusqu’à aujourd’hui, ils optaient systématiquement pour la location. Mais avec le temps, les inconvénients du locatif se faisaient sentir. D’une part, ils n’étaient pas chez eux et à chaque fois, il faut amener et remporter ses affaires. Et bien entendu, ils oubliaient toujours quelque chose. Et en mer, il est difficile d’aller faire ses courses…… Les centres commerciaux ne couraient pas les vagues… Ils passèrent donc une partie de leur farniente à rêver à leur futur bateau. Et là leur imagination n’avait pas de borne. De la barque avec une tente posée dessus, jusqu’au palace flottant, tous les bateaux y passèrent. Leur choix s’arrêta sur un voilier, deux mats, d’environ quatorze mètres. Patricia se chargerait de la décoration, et Jean de la technique.



Vers les quatorze heures, ils eurent un peu faim, et se préparèrent un copieux déjeuner, suivi d’une sieste mémorable. Le bateau filant toujours vers le large, au même rythme, balancé gentiment de gauche et de droite, par la mer. Malgré la distance au rivage, ils avaient encore quelques mouettes voletant autour du bateau.



Au réveil, ils s’aperçurent qu’il était plus de dix huit heures. Jean couru à la barre pour voir où en était le bateau. Bien trop loin par rapport à leur projet. Ils auront un retour plus long que prévu. En discutant avec Patricia, ils décidèrent de prendre leur lundi. Grâce à la radio de bord, il serait toujours possible d’envoyer un message à leurs collaborateurs. Leur sieste venait de leur faire gagner une journée de mer.



Patricia remarqua que parmi les lignes qui traînaient en arrière du bateau, il y en avait une qui était plus agitée que les autres. Elle appela Jean qui prit les choses en main. Enfin, plus exactement, la canne à pêche. Finalement, c’était une bonne idée de laisser traîner des lignes tout en naviguant. Au bout d’une bonne heure de bataille, Jean arriva à retirer un beau poisson de la mer. Ce soir, le riz ne serait pas nature. Patricia se mit immédiatement à la cuisine, pendant que Jean nettoya et rangea les autres lignes. Il en profita pour affaler la voile, la plia et mis le bateau au repos pour la nuit. Il fit un point et écouta le dernier bulletin météo. Celui ci ne dépareillait en rien des précédents. Mer calme, petite brise au large et soleil, avec quelques petits nuages pour rompre la monotonie du bleu du ciel.



Ils soupèrent sur le pont, à la lumière des lampions, avec au loin le soleil se couchant sur une mer rougeoyante. Ils passèrent une bonne partie de la soirée, enlacés l’un à l’autre, à goûter la quiétude de cette chaude soirée de printemps, juste troublée par le bruit de la petite brise dans la mature et de l’eau sur la coque de L’ESPERANCE.

Vers minuit, après avoir une dernière fois vérifié la mise au repos du bateau, ils descendirent dans la cabine, fermèrent les accès et se préparèrent à passer leur première nuit en mer du week-end.



La nuit fut agitée et au réveil, ils avaient quelques cernes sous les yeux. Mais le petit déjeuner compensa, au moins énergétiquement, leurs exploits. Ils décidèrent de le prendre sur le pont, à la fraîche. Pendant que Patricia préparait le petit déjeuner, Jean fit le point et s’aperçut, que malgré l’absence de voile, ils s’étaient encore éloignés de la côte. Pas de beaucoup, mais suffisamment pour envisager le chemin du retour.



- Jean, c’est prêt, cria Patricia. Viens m’aider à tout porter sur le pont.

- Pas de problème, j’arrive. Que ca sent bon.

- Ne touche, pas, attends que tout soit installé. Gros gourmand.



Après plusieurs aller retours entre la cabine et le pont, ils purent s’installer confortablement sur la banquette arrière et attaquer ce copieux petit déjeuner.

III

- Hé regarde, là bas, une étoile filante.

- En plein jour ?

Jean se retourna et vit la traînée lumineuse dans le ciel matinal.

- Ce ne peut être une étoile, regarde sa vitesse, on dirait qu’elle flâne, dit Jean

- Elle fait comme nous, elle prend son temps.

- Oui, mais avec les lois de la gravité, elle n’a pas autant de liberté qu’elle le voudrait. Normalement, elle devrait avoir une accélération permanente, du moins jusqu’à ce qu’elle touche terre, ou plutôt, la mer dans ce cas. Et là, elle ralentit.

- C’est peut-être une fusée ?

- Non, en dehors de la navette américaine, qui d’ailleurs atterrit en Amérique et pas sur nos côtes, toutes les autres fusées ne peuvent ralentir dans leur entrée dans l’atmosphère. Elles se transforment en boule de feu avec le frottement de l’air, mais ne peuvent ralentir d’elle-même. Notre technologie ne le permet pas encore.

- Mais alors, quand elle touche la mer, ca doit faire un choc effroyable ?

- Dans les derniers mètres, elles ont des parachutes qui amortissent le choc. Et notre étoile filante, est trop haute pour sortir ses parachutes, si tant est qu’elle en ait.

- Allez viens manger. Cela ne m’a pas empêché de faire un vœu.

- Tu as raison. Ne gâchons pas notre week-end. Rendons-le inoubliable répondit Jean en enlaçant Patricia, et sans penser que pour inoubliable, il le serait véritablement.

Patricia le repoussa gentiment, en lui tendant une brioche au beurre qui dégageait une telle odeur que Jean ne put résister.



Vers la fin du déjeuner, ils sentirent une petite brise se lever. Jean vit les cheveux roux de Patricia onduler dans le vent.

- Ne bouge pas, je vais faire des photos. entre tes cheveux roux et le ciel bleu vert, elles vont être magnifiques.

Patricia se retourna, et vit ce ciel bleu vert.

- Mais, je croyais que le ciel changeait de couleur lors des couchers de soleil. Seulement, on est le matin et à dix heures, le soleil est levé depuis longtemps.

- Oui, tu as raison. Mais je vais quand même en prendre en souvenir. Et peut-être qu’un des marins du port pourra m’expliquer pourquoi nous voyons de telles couleurs.

- Fais vite, car la bise est en train de prendre de l’ampleur.

- Et regarde la mer, elle devient agitée ».

- C’est vrai. Va écouter la météo pendant ce temps. Il se peut que le temps ait changé.

- Et mes cheveux au vent ? Tu n’en veux plus, dit-elle avec un sourire malin dans les yeux.

- Si, j’en veux toujours, mais pour moi. Tu auras droit à la deuxième série de photos quand je me serai entraîné.



Jean partit chercher son appareil photo, un reflex autofocus suffisamment perfectionné pour satisfaire son goût de la technique. Et commença à mitrailler le ciel, en prenant soin de prendre des parties du bateau sur ces photos. Ces parties de bateau allaient servir de couleurs de référence, et permettront de mettre hors de cause la pellicule ou le laboratoire de développement. D’ailleurs, le vert arrivait au dessus d’eux, et la brise continuait à s’amplifier.

Pendant ce temps, Patricia écouta le bulletin météo, qui annonça un dimanche calme, ensoleillé, quelques nuages épars, une mer calme et une petite brise à peine suffisante pour décoiffer.

- Jean, il doit y avoir un problème avec la météo. Leur annonce ne correspond pas à notre temps.

- J’arrive cria Jean. Là haut, le ciel est tout vert, avec quelques rayons lumineux qui tombent sur la mer, c’est magnifique.

- C’est peut-être magnifique, mais j’aimerais comprendre.

- Oui, j’appelle la météo en direct, toi va voir sur le pont l’évolution de ce phénomène.



Patricia n’eut pas le temps de grimper à l’échelle, le bateau se pencha fortement sur tribord. Ils se retrouvèrent dans les bras l’un de l’autre sans avoir compris ce qui se passait. Ils s’accrochèrent tant bien que mal à tout ce qu’ils pouvaient, et quand ils arrivèrent sur le pont, accrochés l’un à l’autre, une surprise les attendait

- Mais, il n’y a plus de vent.

- C’est vrai, mais alors comment fait le bateau pour bouger autant ? Et le vent ne s’arrête pas aussi brutalement ?

D’ailleurs, ils ne pouvaient presque plus bouger tellement le bateau partait d’un côté, puis de l’autre.

- Si je le savais. Regarde le ciel, Il vire au saumon.

- Beurk ! ! ! Saumon et Bleu vert, c’est pas franchement le mariage idéal.

- Hé, tu sens maintenant la lenteur avec lequel il passe de tribord à bâbord ?

- Je crois que je vais crier. Je ne sais pas si tu le sais, mais je vais paniquer.

- Si ça te fait du bien, crie, mais ne panique pas, ce n’est pas le moment. Après, si tu veux, tu pourras aller voir la météo et te défouler autant que tu voudras, Je ne te retiendrai pas.

- Merci, tu es gentil. Mais en attendant qu’est-ce qu’on fait ?

- On s’accroche.

En disant cela, le bateau accéléra son mouvement. On aurait dit qu’il allait faire un tour sur lui même. Les vagues commencèrent à lécher le pont. Ils avaient de plus en plus de mal à se tenir, debout sur le pont. Par sécurité, Jean ordonna de descendre à l’intérieur de la cabine. Là ils seraient au sec et pourraient lancé un SOS si besoin était. De plus, dans la cabine, il y avait des gilets de sauvetage. Le plus dur serait de les atteindre. Les enfiler seraient une autre paire de manche, sans jeu de mots.

Le roulis était tel qu’ils tombèrent dans la cabine plus qu’ils ne descendirent l’échelle. Simultanément, une vague, plus forte que les autres les suivit à l’intérieur.

- Essaye d’attraper les gilets, moi je vais demander de l’aide.

- D’accord, mais je vais attendre une accalmie pour les atteindre. Ce roulis devient infernal.

Jean attrapa la radio et commença à lancer des appels.

Patricia, elle, se cala du mieux qu’elle pût entre deux meubles. Heureusement qu’un bateau est prévu pour le gîte. Mais dans ce cas, sans le couvert.



- Allô, ici l’espérance, me recevez vous ?

- Allô, ici l’espérance, me recevez vous ? Nous sommes pris dans une tempête et ne pouvons agir, aidez nous.

- …….

- Allô, ici l’espérance, me recevez vous ? Maiday…..Maiday…..

- Allô, ici l’espérance, me recevez vous ? ? Nous sommes pris dans une tempête et ne pouvons agir, aidez nous.

- ……..



Ils entendirent les vagues donner l’assaut du bateau. Peut-être ne firent-ils pas assez attention, mais ils n’arrivaient pas à entendre le vent. De toute manière, il devait forcément avoir du vent. Il ne peut y avoir de vague sans un souffle de vent. Par les hublots, ils voyaient le ciel changer à nouveau de couleur. Maintenant il était rouge écarlate, et la prochaine couleur serait le marron ocre, couleur terre brûlée. Une vague fit tanguer encore plus fortement le bateau, le mat toucha l’eau et ils roulèrent ensemble à l’autre bout de la cabine. Dans le mouvement, la tête de Patricia heurta un placard et elle finit sa course totalement inconsciente contre la paroi bâbord. Jean devinant qu’elle était inanimée, lâcha son micro et chercha à la rattraper avant qu’elle ne se fasse vraiment mal. Le gîte du bateau l’empêcha plusieurs fois de l’attraper. Un gîte énorme. A croire que le bateau faisait des tours complets sur lui même. Et la pauvre Patricia, prit plusieurs coups, de gauche et de droite. On dirait un pantin dans les airs. Mais cette assimilation, ne fit pas rire Jean, qui enfin lui attrapa une jambe. Mais ce faisant, il lâcha prise, et partit comme une baudruche. Toujours en lui tenant la jambe. Il ne put s’empêcher de se demander quel vœu elle avait bien pu faire ce matin.

A cet instant, une vague plus forte que les autres engloutit le bateau et tous ses occupants.



Les vagues diminuèrent.

Le ciel était bleu.

Une petite brise soufflait paisiblement.

Au loin, on pouvait distinguer quelques mouettes tournoyant dans les airs.



Et au port, on entendait un opérateur qui disait dans son micro

- Allô, l’espérance, je vous reçois parfaitement, vous pouvez parler.

- ……

- L’espérance, répondez. Donnez votre situation.

- ……

- Allô, l’espérance, je vous reçois parfaitement, vous pouvez parler.

- ……

- Allô, l’espérance, je vous reçois parfaitement, parlez.

- Pourquoi tu t’acharnes sur ce bateau ? lui demanda le capitaine de garde ?

- Ils viennent de lancer un SOS. A leur voix on aurait dit qu’ils allaient couler.

- Allons, par ce temps ? L’ESPERANCE en a vu bien d’autre. Il est solide et stable, même dans les pires tempêtes que nous pouvons subir sur nos côtes.

- Oui, mais vous n’avez pas entendu leurs voix ? Ni le bruit qu’il y avait ? On aurait bien dit une tempête. Mais sans le vent.

- Une tempête sans vent. Tu as de l’imagination. Arrête tes lectures fantastiques. Et puis, Tu as vu la mer ? Même un terrien pourrait naviguer. Ce doit être des plaisantins.

- Capitaine, je crois qu’il faut faire quelque chose. Avec ou sans vent, on ne peut laisser un tel appel sans rien faire. Même si c’est une plaisanterie.

- Tu as raison. demande aux bateaux croisant dans leur parage de scruter la mer, moi j’appelle le propriétaire de L’ESPERANCE, pour savoir qui était à bord. Et puis, tant que tu y es, note l’heure de l’appel et le message sur le cahier de consigne.



Le capitaine joignit, après plusieurs essais infructueux Pierre TECH, le propriétaire de L’ESPERANCE. C’était un homme jovial, la quarantaine passé, type vieux loup de mer, du moins en apparence. Comme il disait, c’était son look touriste.



- Bonjour, Pierre TECH à l’appareil.

- Bonjour, ici le capitaine de garde au port. Vous êtes bien le propriétaire de L’ESPERANCE ?

Le capitaine aimait user de son poste et grade pour employer des formules réglementaires. Il trouvait que cela collait parfaitement à son rôle.

- Oui c’est bien moi. Que puis-je pour vous ?.

- Je ne sais pas encore. Nous venons de recevoir un appel de détresse de L’ESPERANCE, un peu bizarre pour me pas dire loufoque, et nous sommes obligés de faire quelques recherches.

- Un appel qui disait quoi ?

- Il disait qu’ils étaient pris dans une tempête. Par un temps pareil, vous pensez bien. Mais ce qui me fait penser à une plaisanterie, c’est le dialogue en lui même. chacun parlait comme s’il n’entendait pas l’autre. Et pourtant, nous étions sur la même fréquence.

- Je peux vous dire que la radio de bord a été changée il y a un an, et a très bien fonctionné la semaine dernière. C’est d’ailleurs moi-même qui l’ai utilisée .

- Vous connaissez les personnes qui sont à bord ?

- Oui, ce sont des relations de travail. Patricia PAS vient de refaire mes bureaux, et elle est accompagnée de son mari, Jean CRAY. Je crois qu’il travaille avec des ordinateurs.

- Vous pensez qu’ils sont capables de faire une blague pareille ?

- Non, Et là je suis formel. Ils ont la tête sur les épaules. D’ailleurs, je pense même qu’ils ont dû couper leur radio. En effet, Patricia m’a avoué qu’ils voulaient un week-end pour eux, coupés du reste du monde.

- Et pour cela, ils pensent y arriver sur un bateau.

- Un bateau perdu au milieu des flots. Sans téléphone, sans fax, sans radio, ils devraient y parvenir.

- La prochaine fois, louez leur un radeau. Ça correspondra mieux à leur besoin.

- Oui, et qui fera la méduse ? Vous ?

- Bon, vous pouvez me prévenir dès qu’ils rentrent au port ?

- Sans problème. Et inversement, si vous apprenez quelque chose, appelez-moi.

- OK. Comptez sur moi. dit le capitaine en raccrochant le combiné.



L’opérateur continuait ses appels, mais ne recevait plus rien de leur part. Il avait partiellement écouté la conversation téléphonique entre le capitaine et M. TECH. Le capitaine lui en fit néanmoins un bref résumé.

- Bon, ou il y a vraiment un problème, mais il n’y a pas de tempête sur nos côtes, ou il y a plaisanterie. Dans les deux cas continuez vos appels. Faites les sur un ton moins catastrophique. Si on est dans le deuxième cas de figure, pas la peine de les affoler. Mais comme vous ne recevez plus rien, essayez les autres fréquences. Et envoyez leur un fax, on ne sait jamais. Utilisons tous les moyens à notre disposition.

- Et si on est dans le premier cas, dès qu’on aura le contact et les explications, nous pourrons agir s’il le faut.

- Exact. Je ne sais si on te l’a déjà dit, mais toi, tu iras loin. Mais attends ma retraite s’il te plaît. J’aimerai terminer ma carrière ici.

- Pas de problème capitaine.

- Et si ce sont des plaisantins, fais les parler un maximum et surtout, pense à les enregistrer.

- Compris mon capitaine.



Et l’opérateur continua toute l’après midi ses appels, son remplaçant, mis au courant de la situation, les reprit pendant la nuit de samedi à dimanche, de même par le nouveau opérateur de garde.

Les bateaux croisant dans les parages, faisaient, sur demande de la capitainerie, un détour pour observer la mer et tenter de trouver l’Espérance. Mais tous leurs rapports étaient négatifs.

Personne ne vit même un morceau de bois flotter. Il fallait se rendre à l’évidence. Ce n’était pas une plaisanterie, et l’Espérance avait bel et bien disparu.

Dans la fin de matinée, sur les conseils du capitaine, Pierre TECH, avisa officiellement la capitainerie du non retour de l’Espérance, bien qu’il soit prévu seulement pour le dimanche soir. Cela permit au capitaine de lancer des recherches avec d’autres moyens, notamment ceux de la marine nationale qui croisait dans les parages.



Ceux ci furent tout aussi infructueux.



Vers 23 h, dans la capitainerie, le téléphone sonna. Un opérateur décrocha, et appela le capitaine.

- Capitaine, c’est pour vous. M. Pierre TECH à l’appareil.

- Ici le capitaine de garde. Je vous écoute.

Malgré la situation, le capitaine ne s’était pas départi du ton officiel qu’il affectionne particulièrement, tout comme son humour. Un peu froid voire cynique sur les bords.

- Vous n’allez pas me croire capitaine, dit Pierre TECH avec une voie joyeuse, indécente dans la situation actuelle.

- Et je ne vais pas croire quoi ? S’il vous plaît, dit le capitaine sur un ton sec pour lui rappeler que la situation est plus dramatique que comique.

- Je vous retire officiellement ma demande de recherche pour disparition de « L’ESPERANCE » énonça clairement et distinctement Pierre TECH.

- Comment ? Mais vous ne pouvez pas. Il a disparu. Il faut continuer les recherches. Vous n’avez pas le droit, ne serait ce qu’aux noms de vos locataires.

- Je vous informe que L’ESPERANCE vient d’entrer dans le port. Il vient juste de franchir l’écluse. Dans moins de 30 mn je serai à son bord.

- Mais ce n’est pas possible. vous vous trompez. Il n’a pas pu passer inaperçu, pas d’autant de bateau.

- Désolé, mais j’ai bien reconnu mon bateau. J’ai même pris des jumelles pour voir qui est à bord, et j’ai bien reconnu M. CRAY à la barre.

- Personnellement je préfère cela. Mais s’il vous plaît, essayer de savoir comment s’est passé leur week-end. Et pensez à vérifier si la radio et le fax sont en état de marche, et surtout s’ils sont éteints ou en service. Bref, je vous demande d’inspecter votre bateau. J’aurai besoin de ces renseignements dans mon rapport.

Malgré la nouvelle, le capitaine gardait la tête froide, et surtout un esprit rationnel. En effet, il lui faudra expliquer pourquoi il s’est « affolé » et a lancé la marine nationale pour un bateau que personne n’a vu, et qui rentre paisiblement au port comme si rien ne s’était passé. Heureusement pour lui, maintenant, on enregistrait tous les appels reçus. Cela faciliterait les explications. On ne pourrait lui reprocher, avec ce qu’il a entendu d’avoir lancé des recherches.

- D’accord, d’ailleurs je vous appellerai de mon poste radio, restez à l’écoute capitaine.



L’ébahissement se lisait sur le visage du capitaine, pourtant d’habitude impassible. Quand il mit au courant les opérateurs, ceux-ci furent immédiatement soulagés. Des tonnes de questions fusèrent, mais personne n’avait de réponse. Il leur faudra attendre les conclusions des investigations. En espérant qu’il y en aurait. Des réponses.

Au pire cela deviendrait une histoire pour leurs petits enfants au coin du feu……..

IV

Au port, Pierre TECH attendait de pied ferme ses locataires.

Il constata que le bateau était rutilant, comme s’il était neuf. Il se dit que c’était du au fait de l’avoir cru perdu. Il aperçut Jean à la barre et le salua.



Tiens, il n’avait pas remarqué sa barbe vendredi. Et ces cheveux, de mémoire ils étaient ras. quelques millimètres au mieux, et aujourd’hui ; on aurait dit un hippie.



Jean répondit d’un signe de la main à son salut. Il était exténué, comme s’il n’avait pas dormi de huit jours. Il lâcha la barre et lui lança une amarre qu’il lia prestement à une bitte. Pendant ce temps, Jean sauta sur le quai pour attacher la seconde amarre.

- Bonjour M. TECH.

- Alors ce périple, bien passé ?

- On ne l’oubliera pas, croyez moi.

- Vous avez pu vous reposer ? Vous changer les idées ?

- L’objectif a été atteint, bien au delà de nos espérances. Croyez moi.

- Alors, vous êtes pour recommencer ?

- Pas tout de suite. Je crois qu’on va attendre un peu.

- Au fait, votre radio, vous avez pu vous en servir ?

- hummm… Oui, sans problème Pourquoi ?

- Comme la capitainerie a cherché à vous joindre et n’a pas réussi, il m’ont contacté.

- Et alors ?

- Alors, Ayant reçu un appel alarmiste, comme un appel au secours, vous savez ….

- Oui, un MAIDAY je crois que s’est comme ça que vous l’appelez, dit Jean en se retournant, visiblement mal à l’aise tout d’un coup. Bizarrement, la mise en place de cette seconde amarre s’avérait soudainement difficile.

- Oui, c’est cela.

- Eh bien ?

- Eh bien, n’arrivant pas à communiquer, ils ont lancé des recherches.

- Ils ont fait leur boulot. Mais il ne fallait pas vous affoler. Vous voyez bien qu’on ne s’est pas perdu.

- Oui, je vois bien. Mais comment personne n’a pu vous apercevoir sur un rayon de 500 miles autour du port ?

- Ils doivent avoir mal regardé, dit Jean tout en continuant à détourner son regard, bien que maintenant, l’amarre fût en place.

- Vous savez, ça fait beaucoup de bateaux qui ont mal regardé en une après midi.

- Nous, en tous cas, on en n’a croisé aucun. Vous savez, on est allé bien plus loin que prévu. Au départ on avait préparé juste une sortie le long des côtes, mais on s’est laissé distraire pour finalement aller en pleine mer. Jean ayant « récupéré » un peu, s’était retourné pour dire cette dernière phrase.

- Oh, d’après ce que j’ai compris, vous auriez émis un appel de détresse. Comme si vous étiez dans une tempête. Dit Pierre TECH, visiblement mal à l’aise de jouer les inquisiteurs.

- On s’est effectivement servi de la radio. A un moment le bateau a pris du gîte, et on s’est affolé un peu. Mais de là à lancer un SOS. Non. On voulait surtout vous prévenir qu’on souhaitait prolonger notre excursion.

- Mais, alors pourquoi être rentré aujourd’hui ?

- Aujourd’hui ?

- Oui. Dimanche. Vous n’avez rien prolongé..

Jean eu du mal à maîtriser son étonnement. Et dut attendre quelques secondes avant de comprendre ce que lui disait Pierre TECH.

- Oh. Tout simplement parce qu’on ne vous a pas eu. Mais excusez moi, je dois aider ma femme à finir les bagages et à débarquer.

- Oui. Faites. Nous réglerons les dernières formalités un peu plus tard. Je reste sur le quai.

- Oui, c’est ça. A tout à l’heure.



Jean remonta prestement sur le pont et pénétra dans la cabine pour rejoindre Patricia.

- Alors dit Patricia, comment ça s’est passé ?

- Surprenant.

- ….

- Oui, on est dimanche soir. Pour eux, nous sommes partis deux jours.

- Mais pourtant…..

- Oui je sais, j’ai compté les nuits moi aussi.

- Il y en avait bien trente ?

- Oui, il y en avait bien trente.

- Mais qu‘est-ce qu’ils nous voulaient ? Pourquoi nous ?

- Aujourd’hui, je n’en sais rien. Peut-être aurons nous une explication quand nous aurons pris un peu de recul.

- Mais alors, qu’est-ce qu’on fait ?

- On ne dit rien. Personne ne nous croirait. On est dimanche, et nous avons fait un week-end en amoureux des plus réussi sur l’océan.

- Oui, et on est prêt à remettre ca ?

Entre eux, l’humour revenait, c’était bon signe. D’ailleurs il n’était jamais réellement parti. Cela faisait parti de leur lien.

- Je n’irai pas jusqu’à le dire. Là je resterai évasif. Quand au week-end amoureux…. j’en ai une autre conception. Pas toi ?

- Si, personnellement, je trouve qu’il y avait trop de monde.

- Heureusement qu’on a loué un bateau pour être seul ! !

- Bon, on finit les bagages ?



Ils s’activèrent pour remballer leurs affaires. Surtout, ils voulaient être chez eux pour essayer de comprendre comment ils avaient pu passer trente fois 24 heures entre samedi et dimanche. Ce fut un week-end très long, mais vraiment long. Et en plus ils ne l’ont pas passé seul. Cela ils en étaient persuadés. Il leur reste à laisser leurs idées se remettre en place. Et surtout à comprendre.



Jean remonta sur le quai et retrouva sa voiture. Elle n’avait pas bougé de place. Avec Patricia, ils la chargèrent prestement et allèrent retrouver M.TECH, qui entre temps s’était éloigné du quai pour vaquer à d’autres occupations. Mais cela ne l’empêchait pas de surveiller son bateau. Lui aussi aimerait comprendre.

Comment ont-ils pu passer inaperçu d’autant de monde. Ne pas apparaître sur les radars, et revenir, comme une fleur le dimanche après midi…



Ils prétextèrent une grande fatigue et lui demandèrent de bien vouloir faire l’inventaire sans eux. M. TECH étant d’accord, ils purent rentrer chez eux, tranquillement, pour essayer de comprendre. D’ailleurs, ils avaient la conviction, ou est-ce une intuition, qu’ils sauraient en arrivant. Pas avant. Mais à quelle condition ? Dans quel contexte ?



La soirée étant bien avancée, M. TECH se contenta de vérifier le bon fonctionnement du poste radio avec la capitainerie et rentra lui aussi chez lui, prendre un repos bien mérité. Il vit le voyant de réception du fax clignoter. Il appuya sur la touche d’impression, et le message de la capitainerie s’imprima. Bon, un point d’expliqué. Ils n’ont pas fait attention au fax, et n’ont pas vu ce voyant clignoter, ou n’ont pas su lancer l’impression du document. Machinalement, il le plia et le mit dans sa poche. Il est tard. Il examinera son bateau demain. Il lui semblait qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Mais il n’arrivait pas à savoir quoi.

Depuis qu’il avait revu son bateau, il y avait un je ne sais quoi qui traînait dans sa tête. C’était une évidence, mais pour la trouver….. ça c’est une autre paire de manche.



Il quitta son bateau, sans oublier de le fermer et regagna son domicile. Il passa une soirée pas aussi tranquille qu’il l’aurait souhaité. Ce détail trottait dans sa tête. Il y avait quelque chose de changé. Mais quoi ? Et dans la cabine, un détail l’intriguait, mais lequel ? Peut-être que la nuit porterait conseil ? En tous cas son sommeil fût bien agité. Il n’arrivait pas à trouver ce qui clochait. Et quand quelque chose vous tourne dans la tête…



Le capitaine, lui, non plus n’arriva pas à trouver le sommeil. Il se demandait toujours ce qui s’était passé. Il ne comprenait pas. De toute sa carrière, jamais il n’a eu vent d’une telle histoire. Un bateau qui lance un SOS et réapparaît, comme si rien n’était. Ce qui l’intriguait, c’est que personne n’ait vu l’Espérance entre samedi et dimanche. Zut ! Ils ne sont pas tous aveugles en mer. Et les radars, c’est pas pour les chiens. Un en panne, pourquoi pas, mais autant ? difficile à croire.



Quant à Jean et Patricia, ils étaient trop fatigués pour rester éveillés. Mais leur nuit fut elle aussi bien agitée. Le lendemain, en se réveillant, ils appelèrent chacun leur bureau et se firent porter pâle. Ayant passé plus de la moitié de la nuit à discuter, à essayer de se rappeler ce qui aurait pu se passer. A trouver des explications plausibles, bref, ils se levèrent avec de belles cernes sous les yeux. Ils n’étaient pas frais, mais alors pas frais du tout.

Au petit déjeuner, on aurait dit deux zombies.

V

Pierre TECH passa son lundi à faire « l’inventaire » de l’Espérance. En fait, c’était plus une revue de détail qu’un inventaire. Il cherchait ce qui clochait. Mais à l’intérieur, tout était à sa place. Rien en désordre. Pas un grain de poussière. La cuisinière était exempte de graisse. Comme neuve. Tous les appareils de radio, de navigation étaient en parfait état de fonctionnement, il avait pu le vérifier hier soir. Il eut d’ailleurs une autre conversation avec le capitaine, qui bien que n’étant plus de garde aujourd’hui, était présent à la capitainerie. Il cherchait lui aussi, à savoir. Il grimpa sur le pont. les cordages n’était pas filés. Sur la voile, on ne voyait plus les rapiéçages. Le pont luisait. Les éléments en cuivre étincelaient. Le cuir des sièges ne craquelait plus.

Et là, l’entaille dans le dossier….. Elle avait disparu.

Pierre TECH réalisa que son bateau n’était pas son bateau. Ce n’était pas possible que ce fut lui. Vendredi dernier il avait 20 ans. Aujourd’hui il était neuf.

Pour en avoir le cœur net, il décida de le faire mettre à cale sèche. Dans les ports de l’océan, c’était très facile. Il lui suffisait de le transférer dans l’autre partie du port, celle ou il n’y a pas d’écluse. De le positionner à marée haute sur des cales, déjà existantes, en béton et d’attendre la marée basse. La prochaine marée haute aura lieu ce soir. Il avait la journée pour préparer cette opération. Le capitaine lui facilita la tâche, en usant de son autorité pour qu’il puisse avoir accès aux cales. Il lui faudrait maintenant attendre demain.

Mais pour voir quoi ? Il ne le savait pas encore. En fait, il ne savait pas ce qu’il cherchait. Il y avait quelque chose qui clochait. Mais quoi ? Il ne trouvait toujours pas. Et ça lui trottait dans la tête. Il l’avait sur le bout de la langue. Il savait que c’était sous ses yeux. Mais où ?

VI

Jean et Patricia se demandaient si ce qu’ils avaient vécu était bien réel. Quelques indices leurs disaient qu’ils n’avaient pas rêvé.

Jean avait une barbe comme jamais il n’en avait eu. En fait il ne s’était pas rasé pendant tout le voyage. trente jours. Patricia, elle, commençait à avoir des poils sur les jambes. Mais elle s’était épilée avant le départ, il y a « deux » jours. Jean avait une montre qui donnait aussi la date. Elle indiquait le 1 juillet. Et ils étaient partis le vendredi 29 mai. Il n’était pas possible qu’elle avance autant, en aussi peu de temps.



Ils avaient bien vécu ces trente jours. Ce n’était pas un rêve. Il fallait en convenir. Mais que faire ? Que dire ?



Le métier de Jean leur servit énormément. Informaticien, il avait pris l’habitude d’analyser des situations, dans toutes leurs complexités et de les ramener à des questions simples avec des réponses simples : OUI ou NON.

Dans sa démarche de mémorisation des événements, il se rappela qu’il avait fait des photos. Il fallait les développer. Ils prirent leur voiture et filèrent au centre ville. Là, il y avait un photographe qui développait les photos en une heure. Ils profitèrent de l’attente pour aller chez le coiffeur et se faire remettre un peu d’ordre dans leur chevelure. Ils prirent soin de choisir le premier venu. pas très loin du photographe. S’ils avaient été chez le leur, il n’auraient pas pu éviter les questions dû à la croissance « rapide » de leur système pileux… De nouveaux phénomènes de foire ! ! ! Il n’aurait manqué plus que cela.



Immédiatement après, ils récupérèrent les photos. Ils ouvrirent nerveusement la pochette. La première photos représentait…. leur pelouse. En effet, ils avaient organisé un barbecue récemment, et cette pellicule était imprégnée de la fête. Mais, quand ils arrivèrent vers la quinzième photos, alors là, ils réalisèrent vraiment qu’il s’était passé quelque chose. Ils n’avaient pas rêvé. Oui, la photo était là. Elle avait bien pris ce qu’ils avaient vus.



Sur cette photo, ils voyaient une extrémité du pont du bateau avec au dessus, un ciel d’un bleu vert magnifique. Totalement irréel. Les autres photos étaient du même acabit. Leurs visages prirent soudain une expression grave et soucieuse. Ils devaient maintenant se rappeler ce qui c’était passé. Cela devenait une obligation. Ils ne pouvaient plus ignorer ces trente jours.



Leur vie venait de prendre un tournant totalement inattendu et imprévisible.



Surtout, il ne fallait pas paniquer, ni raconter quoique ce soit. Ils ne pouvaient se permettre de passer pour des fous. Ils devaient rester crédibles. Cela était primordial pour leur avenir, et leur mental. Du moins vis à vis de l’extérieur. Une quête commençait. A eux de la rendre fructueuse.



Ils passèrent le reste de l’après midi et une bonne partie de la soirée à remettre tous les événements dans l’ordre. Ce n’était pas facile.



Qui peut se souvenir avec précision de ce qu’il a fait dans les trente derniers jours, sans avoir rien noté ? très peu de personnes en sont capable. Du moins, immédiatement et avec précision. Mais quand on a pour ainsi dire pas de souvenir, que des impressions, des intuitions devrais je dire, alors là cela devient une prouesse. Pour eux, cela serait un travail minutieux et important pour comprendre ce qu’ils ont vécu, et ce qu’ils avaient à faire.



Jean, par déformation professionnelle, pris de grandes feuilles de papier et les numérota de un à trente. Une par jour. A eux de remplir les cases vides.

VII

Pendant ce temps, Pierre TECH, avec l’aide du capitaine, manœuvra le bateau et le mit en position sur ses cales. Il restait à attendre la marée basse. Demain, en fin de matinée. Le capitaine en avait profité, pour lui aussi, visiter le bateau. Jamais il n’avait vu un bateau aussi bien entretenu. On aurait dit qu’il sortait de construction. Il ne croyait pas qu’il pouvait avoir 20 ans. Ce n’était pas concevable dans cet état. Et pourtant, cela faisait bien 15 ans qu’il était capitaine, et déjà à l’époque, l’Espérance était au port. Il ne comprenait pas.

Pierre TECH, lui, cherchait toujours ce qui clochait. Il descendit dans la cabine, en refit plusieurs fois le tour. Il était sûr que c’était là, sous ses yeux. Il avait beau les ouvrir, mais il ne trouvait pas. Il fouilla encore une fois méticuleusement sa cabine. sans rien trouver. Il mit la radio en marche. La musique classique l’aidait à réfléchir. Il trouva donc une station qui diffusait du classique. Il en profita pour s’allonger sur une banquette et finit par s’assoupir quelques minutes. A son âge, il avait du mal à assumer des nuits blanches. Au bout de quelques minutes, il se réveilla en sursaut.

La radio commençait un flash d’informations

- « Bonjour, nous sommes le lundi 1 juin, 18 heures…….. »

Et là, il tourna brusquement sa tête vers l’horloge mural. Là il comprit ce qui n’allait pas. De sa poche, il sortit le fax imprimé la veille. Il eut confirmation de ce qui clochait. Il ne pouvait le croire.

- Capitaine !, Capitaine ! venez vite ! cria Pierre TECH.

- Me voilà ! Me voilà ! Mais que vous arrive-t-il donc pour que vous m’appeliez de cette façon ? Vous savez que je ne suis pas sourd.

- Capitaine, pouvez vous me donner la date d’aujourd’hui ?

De toute évidence Pierre TECH était à cet instant, un mélange d’impatience et d’excitation.

- Quoi ? Vous m’avez appelé comme ça pour me demander la date ?

- Donnez moi la date d’aujourd’hui. Vite.

- Eh bien, on est le premier juin, et pour être précis….

- Et cette horloge. Que dit elle ?

- Mais, elle est à l’heure.

- C’est pas l’heure que je veux, c’est la date !

- Eh bien on est le premier juin comme je vous l’…..

- Mais l’horloge dit quoi ?

- Eh bien…. mais……

- Vous lisez comme moi ?

- Je lis « premier juillet ».

- Et, tenez, lisez votre fax.

- Quoi mon fax ?

- Lisez la date.

- Mais, vous l’avez imprimé quand ?

- Hier

- Pourquoi il marque le 30 juin ?

- Oui, j’avais bien lu.

- Mais que signifie ?

- Pouvez vous me dire pourquoi mes locataires auraient avancé la date de trente jours de l’horloge et du fax ?

- Une plaisanterie ?

- Pour la pendule, je veux bien, mais, le fax aussi ? Regardons les autres appareils, ceux qui ont une date.

- Oui,

Pierre TECH et le capitaine vérifièrent que tous les autres appareils avaient bien un mois d’avance. Même l’horloge du micro onde avait un mois d’avance ! !



- Je ne comprends pas dit le capitaine.

- Moi non plus, répondit Pierre TECH.

- Mais il y a bien une explication.

- Oui, il y en a une. L’Espérance a fait un voyage de trente jours.

- Mais ils sont bien partis vendredi soir ? Vendredi dernier ? Il y a maintenant trois jours ?

- Oui, je sais. Mais je ne vois pas d’autre explication. Ils n’ont pu modifier par plaisanterie toutes les dates de ce bateau. C’est inconcevable.

- Mais alors, où sont-ils allés ? En trente jours, on en fait des miles.

Et là, le capitaine, ne pouvait pas se douter combien sa remarque pouvait être judicieuse. Car ils ont fait bien plus de miles que tous les capitaines au long cours de ce siècle réunis dans ces trente jours.



- Bon demain est un autre jour. Ne touchez à rien. Fermez bien le bateau. Et à tête reposée, nous viendrons l’examiner à nouveau.

- Vous avez raison capitaine. Allons nous en.

Ils quittèrent l’Espérance, en prenant soin de bien fermer la cabine. Puis ils se donnèrent rendez pour le lendemain à marée basse avant de se quitter. Il savait déjà qu’ils ne pourraient dormir cette nuit. Comment expliquer ces trente jours ?

VIII

Quant à Patricia et Jean, ils continuaient à mettre par écrit tous leurs souvenirs. Ils avaient déjà noté leur périple. A chaque relecture, des détails leur revenaient.



- Non, dans la pièce, il y avait un sorte de siège en métal.

- Mais ce n’était pas un siège, mais une table.

- Il s’est assis dessus ? Et il avait une forme de losange, sans dossier.

- Et pourtant, il était confortable. Il soutenait notre corps en épousant ses formes.

- ……….

- ……….

- Et quand on s’est réveillé, rappelle toi toutes ces lumières qui clignotaient.

- Oui, il y en avait de toutes les couleurs. Et ce sentiment de flotter.

- Pourtant on était allongé sur une table ou un lit.

- ……..

- ……..

- Tu te rappelles ces formes. On aurait dit qu’il ne connaissait pas les angles droits.

- Par contre les courbes, ils en abusaient.

- Oui, on peut dire qu’il y en avait dans tous les coins

- Et tu as osé le dire. Bravo Jean.

Malgré la tension, ce simple jeu de mot leur permis de rire un petit moment. Heureusement pour eux, l’humour était toujours présent.

- ………..

- ………..

- Mais par contre, quelle gentillesse. Pas de brusquerie

- On étaient des invités.

- Et comment tu appelles des invités de force ?

- Otages ? mais de quoi ? Pour quelle cause ?

- On peut dire « séquestration ».

- Mais tu crois que les « séquestrés » sont tous aussi bien choyés ?

- D’accord, on dira « invités ». Mais de force tout de même.

- D’accord, tu crois que si on avait reçu une invitation, on aurait dit oui ? Un coup de fil. « Bonjour. Voulez-vous venir faire un tour avec nous sur EUROPE ?

- Tu n’as pas tort. Je les aurais pris pour des plaisantins.

- ………..

- ………..



Et ils continuèrent cet exercice une bonne partie de la nuit. Une nuit complète leur ferait du bien. Ils avaient besoin de récupérer. Demain serait un autre jour. D’ailleurs, ils vont devoir aller travailler. Ils ne peuvent se faire porter pâle longtemps, sans un justificatif médical. Et puis, ca ne serait pas correct vis à vis de leurs collègues. Il leur faut réintégrer le monde actuel. Il ne peuvent vivre sur eux même longtemps. Déjà, quelques coup de fils arrivaient, d’amis, de parents,…. et ils leur fallaient mentir, chose qu’ils m’aiment pas particulièrement.



Pour complète, elle le fut. La nuit. Ils se sont couchés, ont éteint et ont dormi comme des loirs. Et ceci malgré quelques rêves pas totalement imaginaires.



Arrivés au bureau, Roger et Martine ne manquèrent pas de railler Jean sur sa prolongation de week-end. Pour eux, Jean et Patricia s’étaient donné une rallonge, un peu crapuleuse sur les bords, au week-end. En ceci ils n’avaient pas tort, mais jamais ils n’auraient pensé à une rallonge de trente jours. De toute la journée, Jean resta très évasif sur leur virée en mer. Il parla très peu. Ses pensées étaient ailleurs. Il n’arrivait pas à les ramener à son travail. D’ailleurs, il n’a guère pu avancer ce mardi. Il n’arrivait pas à prendre le travail à bras le corps.



Après le déjeuner, il se dit qu’il ne pourrait pas continuer à ce rythme. Cela se verrait très rapidement, et on lui demanderait des explications. Il classa ses dossiers et il attaqua le haut de la pile. Cela lui permit d’expédier les affaires courantes. En fait, il avait l’impression de brasser du vent. Et avec la pile de lettres, de notes et comptes rendus annotés et expédiés ce jour, personne ne pourrait croire qu’il n’avait presque rien fait. Heureusement, ce type de travail lui permît d’occuper ses pensées. Et il en avait besoin. Il ne pensait qu’à ça. A chaque instant de libre, ses pensées revenaient à son mois - week-end.



Au vu de sa concentration, il décida de partir de bonne heure. Il quitta son bureau à 17 heures. Au grand étonnement de ses collègues, en particulier de Martine et Roger. Jamais, en dehors de la veille de Noël, ou de l’anniversaire de Patricia, il ne quittait son bureau aussi tôt. D’habitude, au mieux, il pensait à partir à 18 h 30 pour effectivement franchir le seuil vers 19 h 30, voire 20 heures. Ce jour là, il les laissa sans voix. D’ailleurs même s’ils voulaient faire un commentaire, ils n’eurent pas le temps.



De son coté, Patricia fit de même. Mais comme elle est son propre patron, elle n’a de compte à rendre qu’à elle même. Elle passa donc une bonne partie de la journée à dessiner, de mémoire, les lieux qu’ils avaient visités. Elle se rappela qu’ils leurs avaient demandé quelque chose. Ils avaient des points communs. Oui, c’est cela. Dans leur origine. Leur origine et celle des hommes était la même. Mais très tôt les hommes ont pris une autre direction. Mais quelle est cette origine ? Ça va revenir. Elle en est sûre.



Ses souvenirs revenaient. Lentement, les uns après les autres. Mais ils revenaient.



Elle se souvient. Ils leurs ont expliqué que leurs souvenirs ne reviendraient que s’ils restaient honnêtes avec eux même, humbles et modestes dans leurs actions et prétentions. Mais pourquoi cela ? Il faut trouver l’histoire des origines de l’homme. Quel livre la raconte ? Un livre d’histoire ? Ce soir elle en parlera à Jean, et demain, elle aura très certainement des courses à faire. A moins qu’il n’ait une meilleure idée.

IX

Pendant ce temps, le Capitaine et Pierre TECH se sont retrouvés au port, à marée basse pour examiner l’Espérance sous toutes les coutures.



Mais à chaque examen, ce fut surprise sur surprise.

- Vous avez vu cette quille, pas une éraflure.

- Et la coque, pas une algue. C’est à se demander si ce bateau a pris l’eau.

- Qu’est-ce qui a bien pu se passer ?

- …….

- ……..

- Et là, à cet endroit, j’avais fait une réparation.

- Vous en êtes sûr ?

- Oh oui. J’ai passé une semaine complète à la réparer.

- …..

- …..

- Et la voile, venez, on va la sortir.

- Pourquoi ? Vous pensez à quoi ?

- Elle a des reprises à plusieurs endroits. On va voir ce qu’elles sont devenues.



Sortir les voilures ne fût pas une mince affaire. Mais au bout d’une heure, ils avaient examiné les voiles incriminées.

- Aucune trace de réparation.

- C’est à croire qu’ils les ont changées.

- Mais alors qu’ont ils fait des anciennes ?

- Je regarderai sur le marché de l’occasion. On ne sait jamais . Elle peuvent être en dépôt vente.

- Vous avez vu. ces voiles sont comme neuves, mais il n’y a aucune marque de fabrication. Même pas une étiquette, un point particulier

- « Une broderie » ?

- Oui, on peut le dire comme ça.

- ……..

- ……..



Et leur inspection continua toute la matinée sur le même rythme. Vers l’heure de l’apéritif, il se retrouvèrent dans la cabine.

- On peut résumer ainsi : Ils sont partis vendredi. Ils ont lancé un SOS samedi matin. Personne ne les voit, et ils rentrent tranquillement au port dimanche soir. Les appareils de communication fonctionnent correctement si ce n’est leur date, en avance de trente jours.

- Et tout le bateau est comme neuf. Pas une égratignure, pas un grain de poussière, pas un poil de graisse et tout le reste dans le même état.

- Je n’ai jamais entendu d’histoire aussi farfelue.

- Non vous ne l’entendez pas, mais vous la vivez. Elle a lieu en ce moment, et vous êtes sur le bateau qui l’a vécue. Rappela Pierre TECH.

- Merci, comme ça je n’ai plus d’illusion.

- Mais on n’a pas à avoir d’illusion. Nous constatons. Ce sont des faits que nous décrivons. C’est un fait que la quille soit nickel chrome. De même que les voiles, elles sont neuves. Et tout ce que nous avons vu est dans le même état. Ce bateau est neuf. Aussi incroyable que cela puisse paraître IL EST NEUF. Ce bateau est NEUF.

- Oh ! Oh ! Ne vous laissez pas emporter. Calmez vous trente secondes. Vous avez raison. Nous constatons. Mais c’est en gardant son calme que nous pourrons peut être arriver à comprendre ce qui c’est passé.

- Et vous voulez que nous fassions quoi ?

- Rien. Qui nous croirait ? Peut-on raconter que ce bateau est parti vieux et revenu neuf en deux jours ?

- Pardon, en trente jours si on en croit les appareils de bord.

- Trente jours en un week-end. Si on racontait ca, on passerait pour des fous. Notre seul vrai « preuve » est la date des appareils.

- Vous parlez d’une preuve. Il n’auront qu’à dire qu’ils ont modifié les dates par plaisanterie. Et c’est terminé. Plus de preuve, cria de nouveau Pierre TECH.

Il n’arrivait pas à comprendre. Et dans ce cas, il perdait son calme, son flegme de « vieux loup de mer ».

- Vous avez raison. Réfléchissons sur les suites possibles.

- ……

- Soit nous déclarons nos « découvertes », mais avec aucune preuve tangible. Il ne pourront que constater que vous avez un bateau en meilleur état qu’avant

- Comme neuf, et il a plus de vingt ans ! ! !

- Laissez moi finir. S’il vous plaît. Mais dans cette option, nous devrons faire des déclarations officielles, déclarations qui ne tiendront la route que si nos deux « amoureux » veulent bien expliquer ce qui s’est passé. Et ceci n’est pas encore gagné.

- Autre solution ?.

- Oui. On considère que tout ceci est une plaisanterie. On garde nos constats pour nous. Vous remettez à l’heure vos appareils, et moi, à la capitainerie, je vais déclarer que l’appel à l’aide est issu de plaisantins et je classe cette affaire.

- Et pour la marine nationale ? Vous avez fait appel à eux.

- Merci de me le rappeler. Ils n’aiment pas être dérangés pour rien. Et ils vont certainement faire une enquête pour trouver les plaisantins.

- Mais ils ne pourront pas les trouver. N’est-ce pas ?

- Je sais, mais attendez-vous à être interrogé. Comme vos clients d’ailleurs.

- Attendez ! dit Pierre TECH.



Après plusieurs minutes de réflexion, Le capitaine vit le visage de Pierre TECH changer. De soucieux, il devint grave. Pierre venait de prendre une décision.

- Non, capitaine. Je ne mentirai pas. Je ferai voir ce que j’ai constaté. Je vais remettre à l’heure les appareils, mais je le mentionnerai dans le livre de bord. Et je dirai la vérité. Je suis suffisamment vieux, et libre, pour dire la vérité. S’ils ne veulent pas me croire, eh bien, ils s’en prendront à eux même. Mais pas à moi. Et quand à mes amoureux. Il diront ce qu’ils voudront. Ils prendront leurs responsabilités. D’ailleurs, je ne sais pas mentir. Et commencer dans cette voie là, ne m’apporterait rien de bon.



Cette tirade, laissa un blanc impressionnant. On aurait pu le toucher.



Le capitaine en profita, lui aussi, pour prendre le temps de la réflexion. En effet, ce n’était pas rien de mentir. Surtout dans une histoire ou l’on était maître de rien. Surtout pas de la décision des autres. Et ils y avaient trop d’autres : Les amoureux, la marine nationale, les collègues de la capitainerie, qui n’avaient certainement pas manqué de relater leur dimanche après midi. C’était pas tous les jours qu’il y avait une alerte en mer.



Enfin, il se décida. Il regarda bien en face Pierre TECH et lui dit :

- Sur le fond vous avez raison. On ne sait jusqu’où cette histoire peut aller. Je vais faire comme vous. Mais sur les livre de la capitainerie, je marquerai quand même, que cet appel est issu de plaisantins. Et les enquêteurs, s’il y en a, feront ce qu’ils voudront. A eux de tirer leur conclusions.

-

Pierre TECH hocha simplement la tête. Leur regard avaient suffi à sceller leur accord.



- Bon, c’est pas tout, mais je crois que nous avons encore à faire, Déclara le capitaine.

- Oui, remuons nous un peu. C’est pas tout de discuter. Moi, il me faut pouvoir relouer mon bateau, je vais donc le remettre à l’eau et le tester, on ne sait jamais.

- Dans l’histoire, vous gagnez un bateau. La prochaine fois, vous devriez leur en louer un autre, précisément un à retaper. On ne sait jamais, des fois que ça recommence ! ! !

- Oui, on peut le voir comme ça. Mais, au fond, j’aimerais bien savoir comment ils s’y prennent.

- Et vous voulez tuer « la poule aux œufs d’or » ?

- Oui, gardons cette « poule ». Je n’irai pas les voir pour savoir comment ils ont fait leur coup.

- Oui, jouons la prudence. Pas la peine de passer pour des originaux. J’ai suffisamment d’histoires bizarres à raconter sur la mer, pour ne pas rajouter celle là. Du moins pas tout de suite.

- Bon. OK. Je finis de m’occuper du bateau. Je le ramène à son emplacement d’attache. Et demain j’irai faire un tour en mer par acquis de conscience.

- D’accord, moi demain je suis de permanence à la capitainerie. Appelez moi si vous voyez quelque chose d’anormal.

- Comme quoi ?

- Si je le savais, je ne vous le demanderai pas.

- Dans tous les cas, on se tient mutuellement au courant s’il arrive quoi que ce soit au sujet de cette histoire.

Leur jovialité apparente laissait transparaître leurs pensées. Ils se serrèrent la main, d’une poignée ferme, comme on scellerait un coffre. Ils avaient un secret. Et leurs vies étaient maintenant liées. Mais à quoi ?

X



Jean trouva Patricia dans le salon, en train de dessiner. Il constata rapidement qu’elle avait continuer à remplir les fiches.

- Bonsoir mon amour.

- Bonsoir mon lapin. Tu as passé une bonne journée ?

- Non, je n’ai rien pu faire. J’avais la tête ailleurs. J’espère que demain ça ira mieux. Sinon, ils s’apercevront de quelque chose.

- Et tu ne veux pas donner d’explication ?

- Non, du moins tant que je ne comprends pas tout. Et toi ? Ta journée ?

- Comme toi. J’ai peu travaillé et beaucoup dessiné. Regarde, j’ai essayé de fixer nos souvenirs. Regarde celui là.

- Tu as un sacré coup de crayon tout de même.

- ………….

- Oui, ça y est. Ca, c’est quand on est sorti de la salle. Là où on était couché.

- Et là ? dit Patricia en lui en présentant un autre dessin.

- Là ? C’est la salle de notre logement.



Et ce « jeu » se poursuivit une partie de la soirée. De temps en temps, Jean rajoutait, ou rectifiait un détail. Leur aventure leur occupait la tête. Ça devenait une obsession. L’heure avançait, et leurs estomacs ne manqua pas de le leur rappeler.

- Et si on arrêtait pour ce soir. J’en ai trop vu, et je commence à confondre un peu tout. J’ai besoin de faire un arrêt.

- Oui, moi aussi. Bon, je n’ai pas fait de course, on doit bien trouver quelque chose à la cuisine.

- Allez, on y va.

Il se levèrent avec une coordination parfaite et se dirigèrent vers la cuisine. Là, ils arrivèrent à trouver de quoi faire une salade accompagnée d’un steak haché, suivi de fruits mis eux aussi en salade.



Il dégustèrent leur magnifique repas, dans le salon, devant, bien évidemment, les dessins de Patricia. Dessins qui remplaçaient l’habituelle télévision.



- Dis, tu ne trouves pas que la vie est facile chez eux.

- Oui, c’est vrai, pas une dispute. Pas un mot plus haut que l’autre.

- Tout ça grâce à leur Président. Il doit avoir une personnalité. Jamais on ne verrait ça sur terre. Tiens passe moi le pain.

- Attends, je t’en coupe un morceau. Dis, tu imagines si un tel président se présentait chez nous ?

- Allons, soyons raisonnables. Et puis d’ailleurs, sur terre, personne n’en voudrait. Ils sont trop corrompus. Il n’arriverait même pas à poser sa candidature.

- Pas tous. Il doit y en avoir des honnêtes.

- J’espère, Malheureusement, pour eux, personne n’en parle.

- Mais quand tu as goûté au pouvoir, tu as du mal à t’en passer. Et là, il faut une certaine dose de modestie pour y arriver.

- Dis voir, en parlant de modestie. ne nous ont-ils pas expliqué que nous ne comprendrons que si nous faisons preuve d’humilité et de modestie ?

- ……..

- Mais qu’est-ce que ça cache ?

- Je ne sais pas encore. Quelles sont les qualités d’un homme humble et modeste ?

- Pas celle d’un politique en tous cas.

- Si on enlève les politiques, qu’est ce qui reste ?

- Beaucoup de monde. trop si tu veux les compter.

- Dis voir, cet après midi, il m’est revenu que tout ça avait un lien avec nos origines.

- Comment ça ?

- Oui, ne nous ont-ils pas aussi expliqués qu’on avait des origines communes ?

- OOOHH Oui, ça me revient. aussi. Ils ont parlé de nos origines. La clé est dans nos origines.

- Mais tu les connais toi nos origines ?

- Si on en croit DARWIN, on descend du singe, celui qui grimpe aux arbres.

- Mais ce n’est encore qu’une théorie. Personne n’a pu encore prouver toute l’exactitude de sa théorie. Il manque le « chaînon manquant ».

- Il est vrai qu’il a beaucoup de détracteurs. Notamment ceux qui croient que c’est Dieu qui a « construit » les hommes.

- Autrement dit, les partisans de la création et les partisans de l’évolution.

- Et les premiers se réfèrent à la doctrine de l’évolution, publiée dans tous les livres d’histoire, et les seconds à la Bible, publiée dans toutes les langues.

- Mais oui. Tu as trouvé.

- Trouvé quoi ?

- La réponse. Elle est dans la bible. C’est le seul livre qui a plus de deux mille ans et qui raconte toujours la même histoire. Celle de l’humanité.

- Et tu penses à la genèse ?

- Oui ! Ça me revient. Ils nous ont expliqué que nous n’avions pas pris le même chemin. Chez eux, Adam et Eve n’ont pas désobéi. Ils vivent encore dans le paradis.

- Cela voudrait dire que Dieu n’a pas fait qu’une seule terre ?

- Il en a fait au moins deux. Mais eux sont restés obéissant. Satan n’est intervenu que sur notre terre.

- Et comme Adam et Eve ont désobéi, il nous a chassés du paradis.

- Et eux y vivent encore. D’où le respect qu’ils ont eu avec nous. Jamais ils ne nous ont brusqués. Bien au contraire. Ils se sont mis à notre portée.

- Ils ont fait preuve d’Amour. Comme le demande Jésus. Aimez vous les uns les autres.

- On peut dire aussi : « Aimer son prochain comme soi même ». Mais alors pourquoi ils appellent leur Dieu Président ?

- Je ne peux pas répondre à ta question. Je ne vois pas le lien qu’il peut y avoir entre Président et Dieu.

- Il faudrait faire des recherches sémantiques.

- Attends, j’appelle Henri, le professeur de Lettres.

Et Patricia, sur le champ, prise dans l’excitation du moment, saisit le téléphone et appela Henri. Jean mit d’office l’ampli, afin de pouvoir tout écouter.

- Allô

- Oui, Bonsoir Henri, ici Patricia.

- Oh. Comment vas-tu jeune fille ?

- Toujours aussi galant. auprès des dames.

- Oui, c’est ma faiblesse. Mais que puis-je pour toi ?

- Oh, avec Jean on se posait une petite question, et je pense que tu pourrais nous départager.

- Et tu crois que je vais pouvoir répondre ?

- Oui. Quel est le lien entre les mots « dieu » et « président » ?

- Le lien entre les mots Dieu et Président ? En fait, on peut les considérer comme proche l’un de l’autre..

- Comment ca ?

- C’est simple, DIEU a une origine hébraïque ‘El’ qui signifie puissant. Et dieu se dit ‘Elôah ou ‘Elôhim’ au pluriel. Donc tout individu, ou tout objet qui est adoré peut-être appelé dieu. Ceci parce ce que l’adorateur lui attribue une puissance plus grande que la sienne.

- Mais je ne vois pas le rapprochement avec président ?

- Mais le président, n’est-ce pas celui qui a tous les pouvoirs ? Celui qu’on applaudit ?

- Exact, et en cas de guerre, on irait même se faire tuer pour lui.

- Voilà, vous avez tout compris.

- D’où le surnom donné par les guignols de l’info au président MITTERRAND.

- Peut- être. Tu sais, je ne suis pas passionnée de télévision. Je préfère la lecture.

- Et tu as raison. Bien qu’il y ait de temps en temps des émissions instructives

Et la conversation se poursuivit pendant vingt bonnes minutes, avant que Patricia puisse raccrocher poliment.



- Donc, quand ils disaient Président, c’est une erreur de traduction. Ils voulaient dire Dieu.

- C’est ça. Ils ont donc un Dieu.

- D’accord. Mais qu’est ce qu’ils nous voulaient ? Pourquoi nous ont-ils montré tout ça ?

- ………

- En fait, ils voulaient nous montrer la vie que nous aurions eu, si Adam n’avait pas désobéi.

- Il n’ont pas dit que, dans leur monde, le premier d’entre eux est encore vivant ?

- Si, ils l’ont dit. Mais ils n’ont pas dit son âge. Peut-être n’ont-ils pas pu le traduire en année terrienne.

- Mais alors, personne ne meurt.

- Sauf s’il y a faute. Dans ce cas, ou il y a Rédemption, ou il y a punition, qui peut aller jusqu’à la disparition. Tout peut être pardonné. Mais le pardon n’évite pas la punition.

- Mais, s’ils sont si heureux chez eux, pourquoi sont-ils venus nous voir ? Pourquoi nous ?

- Pour qu’on sache.

- Pour savoir quoi ?

- Pour qu’on sache qu’il peut y avoir un monde différent. Pour qu’on sache que le monde décrit dans la bible existerait si Adam et Eve n’avait pas désobéi.

- Mais on ne peut pas tous aller là-bas. Leur monde ne le supporterait pas. Et comment faire la sélection ? Par l’argent ? Par tirage au sort ?

- Ils n’ont pas dit que nous irions chez eux. Au contraire, nous resterons chez nous. Sur notre terre.

- ……….

- Ils nous ont simplement donné un espoir. Ils nous ont montré que le monde donné par Dieu aux hommes est viable. Il ne nous reste plus qu’à savoir quand arrivera ce changement.

- L’apocalypse.

- Quoi l’apocalypse ?

- La réponse est dans l’apocalypse, le dernier livre de la Bible.

- Il nous reste plus qu’à étudier la bible pour savoir.

- Exact. Mais qui peut nous l’enseigner ?

- Ecoute, si Dieu existe, s’il veut qu’on sache, on n’a qu’à le lui demander.

- Comment ?

- Par la prière bien sûr ! !

- Et tu crois qu’il va répondre ? On passe un coup de fil, allô, je voudrais parler à Dieu.

- Allons, reste humble et modeste, c’est bien ce qu’on vient de dire ?

- D’accord, mais comment saura-t-on qu’il nous a répondu ?

- Bonne question. A qui pouvons nous le demander ? A un Prête ? Un Rabbin ? Un Pasteur ? un imam ?

- Tu sais bien que les voies du seigneur sont impénétrables. A nous de rester vigilant et de savoir voir, écouter et comprendre pour ne pas refermer la porte à ce moment là.

- En attendant, on peut toujours essayer de l’ouvrir.

- Comment ?

- En achetant une bible et en commençant à la lire.

Epilogue

Après plusieurs mois de lecture assidue, la bible restait toujours un mystère.

- Mais vers qui se tourner pour la comprendre ?

- Et si on en parlait autour de nous ?

- Pourquoi faire ?

- On verra bien. Si on est ans le vrai, cela veut dire que Dieu veut nous faire passer un message. Alors ne ratons pas son décryteur. Il saura bien nous mettre en relation avec « son envoyé ».

Et un jour, dans une conversation anodine, quelqu’un leur répondit qu’il étudiait lui aussi la bible. A partir de ce jour, ils ont eux aussi commencé à l’étudier.

Et à partir de ce moment là, leur vie à changé. Ils agissaient comme s’ils étaient déjà dans ce monde nouveau. Ce qui leur permit de vivre encore plus en harmonie l’un avec l’autre, et surtout de mieux accepter les autres.

Et ils trouvèrent beaucoup de réponse dans leurs études. Pas toujours celles qu’ils attendaient. Mais ce monde nouveau était une promesse faite par Jésus. C’était écrit noir sur blanc dans la bible.

Maintenant, ils ne leurs restent plus qu’à attendre. En effet, ils n’ont pas encore trouvé la date fatidique. Ils savent simplement que ça doit arriver.

Maintenant, si jamais ces idées vous interesse et que vous souhaitez les reprendre, merci de me le faire savoir.





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